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    2 août 2026

    Vos gravats vont redevenir payants, et le texte n'est toujours pas paru

    Depuis hier, une nouvelle grille d'éco-contribution s'applique sur les matériaux inertes. C'est la deuxième hausse en un mois, et elle prépare un basculement plus large : à partir de janvier, une partie de vos déchets de chantier ne sera plus reprise sans frais. Particularité de ce dossier, on vous demande de vous préparer à un calendrier dont les textes ne sont pas publiés.

    Ce qui change

    Normes, obligations, aides. Ce qui a une conséquence sur votre façon de travailler ou de facturer.

    La REP déchets du bâtiment change de modèle, et vos gravats sont dedans

    C'est le dossier le plus mouvant de l'été, et celui dont on parle le moins en dehors des fédérations. Il touche tous les corps d'état et il se joue en plusieurs dates. Depuis 2023, une éco-contribution est prélevée sur les produits et matériaux de construction, la REP PMCB. Elle est payée par le fabricant, refacturée dans le prix d'achat, et elle finance en retour la reprise de vos déchets de chantier sur les points de collecte, sans frais. C'est ce dernier point qui bouge.

    Deux hausses de barème en un mois

    Au 1er juillet 2026, les éco-organismes ont relevé leurs barèmes sur la catégorie 2, celle des produits non inertes : fenêtres, laines minérales, membranes bitumineuses, plâtre, plastiques, produits biosourcés.

    Au 1er août 2026, soit hier, c'est la catégorie 1 qui suit, celle des inertes : gravats, béton concassé, briques, tuiles, céramique. Le barème est fixé par Ecominéro et s'applique aux produits mis sur le marché du 1er août au 31 décembre 2026. Les déclarations faites en septembre intègrent déjà ces nouveaux montants.

    La justification affichée tient en deux points : la fin d'agrément a été avancée au 31 décembre 2026, ce qui concentre l'ajustement financier sur une période plus courte, et les volumes collectés ont fortement augmenté, de l'ordre de 43 % en 2025. Le montant exact dépend du matériau et de la référence : il n'y a pas de barème national unique, seules les grilles des éco-organismes font foi.

    Ce qui se prépare pour janvier : matériaux matures et non matures

    La refonte en cours coupe les matériaux en deux familles, et c'est cette coupure qui commande tout le reste.

    • Les matériaux matures : inertes, bois, métal, plâtre. Leur filière de recyclage est considérée comme industrialisée et rentable.
    • Les matériaux non matures : laines minérales, plastiques, menuiseries vitrées, membranes d'étanchéité. Leur filière est jugée encore à construire.

    Le principe retenu : concentrer l'argent de la REP sur les non matures, et sortir progressivement les matures du dispositif de reprise sans frais. Le calendrier annoncé, tel qu'il se présente aujourd'hui :

    • 31 décembre 2026, fin annoncée de la reprise sans frais des petits volumes de matériaux matures. Le seuil retenu est de 3 m³ ou 1,5 tonne, tous points de collecte confondus.
    • 1er janvier 2027, les matériaux matures sortent de la reprise sans frais et le nouveau modèle entre pleinement en vigueur, avec de nouveaux agréments pour les quatre éco-organismes.

    En contrepartie, les éco-contributions sur les matières matures devraient baisser, d'un facteur estimé autour de deux. L'équation affichée est donc : vous payez moins à l'achat du matériau, vous payez l'évacuation de ses déchets.

    Le point qu'il faut connaître : les textes ne sont pas publiés

    Au moment où cette édition paraît, le décret et l'arrêté modifiant le cahier des charges des éco-organismes ne sont pas parus. Ils ont fait l'objet d'une consultation publique au printemps, leur publication est annoncée pour la fin août, avec une première entrée en vigueur au 1er septembre 2026.

    Conséquence directe : les hausses de barème du 1er juillet et du 1er août sont des faits, elles s'appliquent. Le calendrier de sortie de la reprise sans frais, lui, reste un projet tant que les textes ne sont pas au Journal officiel. Les dates ci-dessus sont celles annoncées, pas celles publiées. C'est aussi ce que les fédérations reprochent au dispositif : les barèmes ont augmenté avant que la réforme censée les faire baisser ne soit écrite.

    Où en sont les fédérations

    • La FFB demande le gel sans délai des barèmes, et juge les hausses en contradiction avec les promesses de la réforme.
    • La CAPEB qualifie d'inacceptable la fin de la reprise sans frais des petits volumes au 31 décembre. Près d'un millier d'entreprises se sont exprimées en ce sens pendant la consultation publique.
    • La FDMC, côté distributeurs de matériaux, juge la hausse intenable et demande elle aussi un gel.
    • La FNTP a déposé un recours devant le Conseil d'État sur l'exclusion de certains matériaux. Une décision peut tomber d'ici la fin de l'année.

    Il n'y a pas de lien Légifrance à donner ici, et c'est volontaire : la hausse des barèmes n'est fixée par aucun décret. Ce sont les éco-organismes qui publient leurs grilles. La source de référence est donc le barème de votre éco-organisme, pas un texte réglementaire. Le montant qui s'applique à vos achats dépend de vos fournisseurs et de vos références, il se vérifie sur facture.

    Ce que j'en pense

    Ce qui va coincer n'est pas la hausse du barème, c'est le jour où la benne se met à coûter. Tant que l'évacuation est comprise, personne ne la chiffre. À partir du moment où elle a un prix à la tonne, elle devient une ligne de devis, et une ligne de devis qu'on a oublié de mettre, c'est de la marge en moins. Ce qui m'ennuie surtout, c'est qu'on nous demande de préparer janvier avec des textes qui ne sont pas parus. J'ai connu ça avec d'autres réformes : ceux qui s'organisent tôt le font deux fois, et ceux qui attendent se font surprendre.

    Denis

    Ce qui sert

    Les outils et l'IA, quand ils tiennent vraiment sur un chantier.

    Sept entreprises du BTP sur dix disent utiliser l'IA. La vraie proportion est bien plus basse.

    Le chiffre tourne depuis quelques semaines dans la presse professionnelle : 70 % des entreprises du BTP utiliseraient l'IA ou seraient sur le point de le faire. À côté, d'autres études donnent moins de 10 % d'usage réel. Les deux sont exacts, et l'écart mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il conditionne la façon dont on lit tout le reste.

    D'où vient l'écart

    Il ne vient pas d'une erreur de calcul, il vient de la question posée.

    • Le baromètre Orisha Construction interroge sur l'usage ou l'intention d'usage : 70 %, dont 31 % qui déclarent déjà utiliser quelque chose.
    • L'étude de l'Observatoire des métiers du BTP mesure le déploiement effectif : autour de 8 %.
    • France Num, côté direction générale des entreprises, relève 15 % d'usage réel dans le BTP, contre 25,6 % tous secteurs confondus.

    Autrement dit : beaucoup d'entreprises ont l'intention, une minorité a franchi le pas, et le bâtiment reste en retard sur la moyenne nationale.

    Deuxième écart, à l'intérieur du secteur. L'adoption est nettement plus forte dans les grandes structures que dans les petites : 78 % chez les entreprises de plus de 250 salariés, 66 % en dessous, sur la mesure large. Sur l'usage réel, l'écart se creuse encore.

    Ce que ça sert à savoir : si vous n'avez rien mis en place, vous n'êtes pas en retard sur votre profession, vous êtes dans la majorité. Le discours ambiant dit l'inverse, et il produit surtout des achats précipités.

    Ces trois enquêtes n'ont ni le même périmètre, ni la même méthode, ni la même définition de l'IA. Elles ne se comparent pas terme à terme, elles se lisent ensemble.

    Ce que j'en pense

    Ce qui me frappe dans ces chiffres, ce n'est pas le retard, c'est le décalage entre ce que les gens déclarent et ce qu'ils font. Sur le terrain, je vois surtout des entreprises qui ont essayé un truc pendant deux semaines et qui ont arrêté, sans le dire à personne. Ça compte comme utilisatrice dans un sondage. Ce n'est pas un usage.

    Denis

    Le métier de la semaine

    Un corps d'état à la fois : ce qui bouge chez lui, ce qui lui sert. Les semaines sans matière solide, la rubrique ne paraît pas.

    Architecte et maître d'œuvre

    Le code de déontologie des architectes a été réécrit. Le décret n° 2026-568 du 26 juin 2026, publié au Journal officiel du 30 juin, est entré en vigueur le 1er juillet 2026. Il réforme le décret du 20 mars 1980, qui parlait de devoirs professionnels et qui parle désormais de déontologie. C'est la première refonte d'ensemble en plus de quarante ans.

    Quatre points qui intéressent aussi ceux qui travaillent avec eux

    • Article 5, la signature de complaisance. L'architecte qui n'a pas établi un projet ne peut en aucun cas y apposer sa signature, ni percevoir de rémunération à ce titre. Le texte précise que celui qui n'a pas lui-même établi les plans ou les documents ne peut pas être regardé comme l'auteur du projet, même s'il les a supervisés ou validés. La supervision ne vaut plus paternité.
    • Article 9, conception et contrôle ne se cumulent plus. Sauf dispositions particulières, l'architecte ne peut pas exercer, sur une même mission, une activité de conception architecturale ou de maîtrise d'œuvre et des fonctions de contrôle ou d'expertise. Le même article lui demande de conserver en toutes circonstances une attitude impartiale.
    • Article 4, la formation. L'architecte doit maintenir son niveau de compétence, notamment par des actions organisées ou validées par l'Ordre, et déclarer qu'il a satisfait à ses obligations. La déclaration devient une obligation déontologique en tant que telle.
    • Articles 13, 15 et 29, les liens d'intérêts. L'architecte doit faire cesser immédiatement, ou prévenir, les situations de conflit d'intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver. Certains liens personnels ou professionnels sont à déclarer au conseil régional de l'Ordre, dont les liens de subordination avec une entité qui tire profit de la construction, et à indiquer avant tout engagement professionnel.

    Ce que la fin de la signature de complaisance déplace

    C'est le point qui sort du cadre de la profession et qui touche le chantier. Jusqu'ici, un projet monté par un tiers pouvait être signé par un architecte qui l'avait relu, et cette signature suffisait au dépôt du permis quand le recours à l'architecte est obligatoire. Le texte ferme cette porte des deux côtés : pas de signature, et pas de rémunération pour une signature.

    L'Ordre présente cette réécriture comme une réponse à des pratiques qui fragilisent le principe même du recours obligatoire et la sécurité du maître d'ouvrage. Pour l'entreprise qui exécute, la conséquence observable est simple : la question de savoir qui a réellement dessiné ce qu'on lui donne à construire cesse d'être théorique. Elle a désormais une réponse opposable.

    La limite, et elle est importante

    Ce code s'applique aux architectes inscrits au tableau de l'Ordre. Un maître d'œuvre qui n'est pas architecte n'y est pas soumis, même quand il exerce des missions comparables. Ses obligations relèvent d'autres cadres. Si vous travaillez avec un maître d'œuvre, la question à poser n'est pas de savoir ce que dit ce décret, mais s'il est inscrit à l'Ordre.

    C'est aussi ce qui explique pourquoi ce texte ne se verra pas partout de la même façon. Sur les opérations où le recours à l'architecte n'est pas obligatoire, la maîtrise d'œuvre est souvent assurée par des professionnels qui ne relèvent ni de l'Ordre ni de sa chambre de discipline.

    Le point qui ne change pas, et qui pèse plus lourd

    Pour l'entreprise qui travaille avec un maître d'œuvre non architecte, la protection ne vient pas de la déontologie mais de l'assurance. Toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants du code civil doit être couverte, et doit pouvoir le justifier à l'ouverture de tout chantier. C'est l'article L241-1 du code des assurances, et il vise le maître d'œuvre comme les autres constructeurs.

    Le défaut d'assurance n'est pas une simple irrégularité administrative : l'article L243-3 le punit de six mois d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende, ou de l'une de ces deux peines. Rien de nouveau ici, c'est le droit en vigueur, mais il encadre exactement la zone que le nouveau code de déontologie ne couvre pas.

    Ce qui sert de leur côté

    L'IA générative est entrée dans ce métier par le rendu, pas par la gestion. La presse spécialisée cite PromeAI, Rendair AI et OpenArt pour le photoréalisme, Midjourney pour les planches d'ambiance en début de projet, et Homestyler qui adosse de la génération 3D à de la CAO classique. Ce sont des outils de représentation, ils ne touchent ni au chiffrage ni au suivi.

    L'autre mouvement, plus discret, est le relevé de l'existant. Le scan 3D et la maquette numérique d'un bâtiment déjà construit deviennent la base documentaire à partir de laquelle une rénovation ou une surélévation se décide. Pour une entreprise, ça change la nature de ce qu'on lui transmet en amont d'un chantier de rénovation.

    Côté agenda : Batimat se tient du 28 septembre au 1er octobre 2026 à Paris Porte de Versailles, avec un axe annoncé sur la rénovation de l'existant, le réemploi et la digitalisation.

    Les sigles qu'on vous oppose

    Trois d'entre eux reviennent dans presque tous les échanges avec une maîtrise d'œuvre, et ce sont ceux qui engagent le plus. Le DCE, dossier de consultation des entreprises, c'est tout ce sur quoi vous répondez. Le CCTP, cahier des clauses techniques particulières, décrit ce qui est attendu, poste par poste. La DPGF, décomposition du prix global et forfaitaire, est la trame chiffrée que votre prix doit remplir ligne à ligne. S'y ajoute l'OPC, ordonnancement, pilotage et coordination, qui désigne la mission de tenue du planning et non la conception.

    Ce que ce décret produira en pratique se jugera sur les décisions de la chambre de discipline, pas sur le texte. Les conséquences d'une mission déjà engagée avant le 1er juillet se regardent au cas par cas, avec un avocat ou avec l'Ordre. Sur le volet outils, aucun des logiciels cités n'a été essayé ici : ce sont ceux que la presse du métier met en avant en 2026, pas une recommandation.

    Ce que j'en pense

    L'article 9 est celui qui va se voir sur les chantiers. Quand la même personne dessine et contrôle, l'entreprise qui exécute se retrouve à discuter d'une malfaçon avec celui qui a fait le plan. Chacun sait comment ça se termine. Je ne sais pas encore si ça changera grand-chose sur les petites opérations, où le maître d'œuvre n'est souvent pas architecte et n'est donc pas concerné, et c'est bien ce qui me gêne dans ce texte : il resserre les règles là où elles étaient déjà les plus tenues.

    Denis

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