Cancers de la peau : l'Anses veut que le soleil sur chantier devienne un risque professionnel à part entière
L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié le 15 octobre 2026 une expertise sur les cancers de la peau liés à l'exposition aux rayons ultraviolets au travail. Elle avait été saisie par les ministères du Travail, de l'Agriculture et de la Santé. Ce n'est ni une loi ni un décret : ce sont des conclusions scientifiques et des recommandations. Mais c'est exactement le type de travail qui précède, en général, une évolution des règles.
Ce que l'Anses conclut
- Un lien avéré entre l'exposition professionnelle aux UV et trois cancers de la peau : les carcinomes épidermoïdes, les carcinomes basocellulaires et les mélanomes.
- Pour les UV artificiels, une relation causale avérée entre le soudage et les mélanomes de l'œil.
- Aucune durée d'exposition en dessous de laquelle le risque serait écarté n'a pu être établie.
Qui est concerné
Selon l'enquête Sumer de la Dares citée par l'Anses, environ 3,5 millions de salariés travaillent à l'extérieur et aux intempéries, et environ 150 000 sont exposés aux UV artificiels. Parmi les métiers listés, l'agence cite nommément les travailleurs du BTP, ainsi que les jardiniers et les paysagistes. Le soudage figure parmi les sources d'UV artificiels.
Ce que l'Anses recommande
- Considérer l'exposition aux UV solaires comme un risque professionnel à part entière, évalué et intégré au document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP).
- Privilégier les mesures collectives et d'organisation du travail, que le code du travail place en priorité. L'agence juge les protections individuelles insuffisantes à elles seules.
- Systématiser un examen de la peau lors des visites de médecine du travail, et former les médecins du travail à cet examen.
- Créer un tableau de maladie professionnelle pour ces cancers, ce qui faciliterait leur reconnaissance et leur indemnisation.
Ce qu'il faut savoir
À ce jour, ce sont des recommandations. Aucun tableau de maladie professionnelle n'a été créé, et aucune obligation nouvelle n'est entrée en vigueur avec cette expertise. Si un tableau est créé, il le sera par un texte réglementaire, et nous en parlerons à ce moment-là.
Le chiffre de 3,5 millions porte sur le travail en extérieur et aux intempéries au sens large, pas sur une exposition aux UV mesurée.
Ce que j'en pense
Sur un chantier en plein été, on parle de la chaleur, de l'eau, de l'heure à laquelle on attaque. Le soleil sur la peau, personne n'en parle, parce que les dégâts arrivent vingt ans plus tard. C'est ce que change ce rapport : il met un nom sur un risque que tout le monde voit et que personne ne compte. Je ne sais pas encore si le tableau de maladie professionnelle suivra, ni quand. Mais le jour où il existe, la question ne sera plus seulement médicale, elle sera aussi dans le document unique.
Denis


